Consultation de l’avant-projet « Directive de la garde médicale »

Actualites

15/06/2018

Les patients de ce canton tout comme les médecins ont de bonnes raisons d’être inquiets. Dans 6 mois le canton de Vaud sera le seul de Suisse à entraîner sans transition, sans débat démocratique et sans véritable base légale, ni réelle justification, la garde médicale qui fonctionne à la satisfaction de tous, dans une expérience hasardeuse. C’est à un saut dans le vide que sont conviés médecins et patients vaudois si rien ne change d’ici là.

Sous couvert de régionalisation et de réponse à l’urgence, c’est une véritable OPA qui vise à remplacer l’organisation médicale de la garde par la Société Vaudoise de Médecine, c’est-à-dire les médecins eux-mêmes, par une administration cantonale et régionale non médicale. Sans réaction c’est le dernier bastion d’une médecine gouvernée par des médecins qui va tomber.

Il est légitime à ce stade de se demander quel est le véritable but visé par une telle réforme dont les conséquences sont préoccupantes, à court, à moyen et à long terme. Qui croira que le but est de donner plus d’indépendance aux médecins alors que chaque jour la machine administrative resserre davantage son emprise dans tous les domaines de la sphère médicale ? Il suffit pour le constater d’observer ce qui s’est passé dans certains hôpitaux où le corps médical a progressivement été écarté de la gouvernance et du projet hospitalier. C’est désormais ce modèle qu’on entend appliquer à la médecine de ville, en débutant par la garde médicale.

Pour avoir une vision d’ensemble il faut prendre en compte l’ensemble des mesures qui ont pour objectif d’étouffer la médecine indépendante, sous prétexte de hausse des coûts. Parmi ces mesures les restrictions drastiques apportées à la délivrance d’autorisations de pratique, souvent sans discernement, mais aussi la pression sur la valeur du point ou encore l’excès de normes sans utilité démontrée. Autant d’éléments qui contribuent à décourager une relève de qualité et à compromettre la reprise des cabinets. On planifie ainsi la pénurie médicale, déjà bien visible dans la sphère publique.

Il serait naïf de croire qu’on veut écarter la Société Vaudoise de Médecine de l’organisation de la garde pour donner plus de pouvoir ou de moyens aux groupements de la Société Vaudoise de Médecine, qu’ils soient régionaux ou de spécialités, car rien n’empêche de le faire dès à présent, surtout pas la Société Vaudoise de Médecine.
Rien n’empêche non plus les expériences originales et régionales souvent à l’initiative des médecins eux-mêmes.  Demain ce sont les groupements, convoités aujourd’hui, qui seront mis de côté pour s’en prendre directement aux médecins, nouveaux ouvriers de la santé, interdits de syndicat.  Ce qui est menacé est la cohésion et la cohérence de la profession dont la Société Vaudoise de Médecine est garante, parce qu’elle constitue le principal rempart contre de nouvelles restrictions à l’exercice de la médecine qui pleuvent déjà de toutes parts.

Les effets délétères de ce processus se font déjà sentir négativement, même s’ils diffèrent d’une région à l’autre. C’est un immense chantier qui est ouvert par le mauvais bout et qui mobilise à nouveau les forces vives de la profession au détriment de sa mission fondamentale et de ses intérêts. Si l’on veut améliorer la réponse à l’urgence, il doit être possible de le faire autrement qu’en s’attaquant à la garde médicale.