{"id":579,"date":"2020-04-24T12:43:52","date_gmt":"2020-04-24T10:43:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.svmed.ch\/blog\/?p=579"},"modified":"2020-04-24T15:02:47","modified_gmt":"2020-04-24T13:02:47","slug":"la-grippe-espagnole-ou-le-desarroi-medico-social-dun-conflit-interminable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.svmed.ch\/blog\/la-grippe-espagnole-ou-le-desarroi-medico-social-dun-conflit-interminable\/","title":{"rendered":"La grippe espagnole ou le d\u00e9sarroi m\u00e9dico-social d\u2019un conflit interminable"},"content":{"rendered":"<div class=\"the-content\"><p><em>Quand la pand\u00e9mie se d\u00e9clare au printemps 1918, venant d\u2019Am\u00e9rique par le biais des soldats venus faire la guerre en Europe, des milliers de soldats suisses sont sous les armes. La Suisse compte alors 3,8 millions d\u2019habitants.<\/em><\/p>\n<p>S\u2019amorce un processus \u00e9pid\u00e9mique qui voit une premi\u00e8re vague de juin \u00e0 fin ao\u00fbt 1918, puis une seconde, beaucoup plus redoutable, d\u00e8s novembre 1918 pour courir tout au long de 1919 et s\u2019\u00e9teindre en 1920 par la gr\u00e2ce de l\u2019immunit\u00e9 acquise par la population. Elle touchera environ 2 millions de personnes avec 24\u2019449 morts \u00e0 la cl\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La population jeune touch\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>La population suisse, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s peu fortun\u00e9e en 1914, s\u2019est encore appauvrie. Les appartements sont petits, souvent insalubres, peupl\u00e9s de familles nombreuses qui mangent juste \u00e0 leur faim. Les m\u00e9decins sont peu nombreux\u00a0; les soins, co\u00fbteux. Les soldats, soumis aux intemp\u00e9ries, partagent des cantonnements souvent froids et humides, g\u00e9n\u00e9rateurs du \u00ab\u00a0catarrhe suffocant\u00a0\u00bb si bien d\u00e9crit par Pringle en 1793. 15\u2019600 soldats sont infect\u00e9s entre le 15 et le 30 juillet 18, dont 6954, rien que le 17 juillet.<\/p>\n<p>La grippe n\u2019est pas une inconnue pour les m\u00e9decins de 1918. A cette \u00e9poque, le souvenir des grandes grippes de 1895 ou 1902 en particulier rend le diagnostic facile. Ils savent que c\u2019est une maladie virale dont la manifestation la plus fr\u00e9quente est une pneumonie\u00a0: elle touche une population en grande majorit\u00e9 jeune, qui n\u2019avait pas pu d\u00e9velopper une protection immunologique suffisante lors de ces \u00e9pisodes.<\/p>\n<p><strong>Maladie connue sans traitement efficace<\/strong><\/p>\n<p>Pas plus qu\u2019aujourd\u2019hui, le corps m\u00e9dical ne dispose de prime abord, de moyens th\u00e9rapeutiques vraiment efficaces. Les vaccins, les antiviraux, les antibiotiques en cas de surinfection, n\u2019existent pas, l\u2019oxyg\u00e8ne m\u00e9dical non plus. En attendant, on fonde ses espoirs\u00a0 dans le quinquina. Les m\u00e9decins d\u00e9crivent des patients mourants d\u2019une longue agonie, par \u00e9touffement, dans l\u2019agitation et le d\u00e9sespoir, s\u00e9dat\u00e9s aux barbituriques ou \u00e0 la morphine, quand c\u2019est possible. Ils visitent \u00e0 domicile, sans aucune protection s\u00e9rieuse, avec souvent comme d\u00e9sinfectant le savon qu\u2019on leur donne, le linge plus ou moins propre qu\u2019on leur tend.<\/p>\n<p>De nombreux confr\u00e8res vont mourir\u00a0: \u00bb La Patrie Suisse\u00a0\u00bb de 1918 et 1919 \u00e9gr\u00e8ne leurs noms, leur rend hommage, met en \u00e9vidence leurs qualit\u00e9s morales et m\u00e9dicales, les remercie pour leur sacrifice tout en d\u00e9taillant avec pudeur, l\u2019atrocit\u00e9 de leur mort. Ils ont souvent moins de 40 ans. Des personnalit\u00e9s d\u00e9c\u00e8dent\u00a0: l\u2019\u00e9v\u00eaque de Sion, le conseiller d\u2019Etat vaudois Nicod, \u00e9lu depuis peu, et des d\u00e9put\u00e9s vaudois.<\/p>\n<p><strong>Traumatisme psychologique<\/strong><\/p>\n<p>Le 11 novembre, le Grand Conseil ajourne ses d\u00e9bats puis les reprend vite, budget oblige.<\/p>\n<p>Comme aujourd\u2019hui, on ferme \u00e9glises, restaurants, estaminets et lieux de divertissement.<\/p>\n<p>Mais on ne se confine pas d\u2019office, ni \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, ni ailleurs. La notion de distanciation n\u2019est pas rapport\u00e9e, le masque est tr\u00e8s peu utilis\u00e9 par les soignants, pas par la population. La population sera durablement et profond\u00e9ment marqu\u00e9e psychologiquement, la pr\u00e9sence de nombreux veuves et orphelins de la grippe renfor\u00e7ant le deuil collectif. Les multiples \u00e9tats d\u00e9pressifs ne seront jamais ni reconnus, ni soign\u00e9s.<\/p>\n<p>Lors d\u2019une garde en 1990, l\u2019auteur rencontra un vieil homme de 86 ans, habitant depuis toujours rue du Tunnel \u00e0 Lausanne, qui se souvenait que \u00ab\u00a0chaque demi-heure, jour apr\u00e8s jour pendant des semaines, les corbillards d\u00e9filaient sous ma fen\u00eatre\u00a0: on pleurait quotidiennement. Un jour, ce fut pour mon p\u00e8re\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dr Philippe Vuillemin, m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste<\/p>\n<p>NB: cet article est \u00e9galement paru dans le\u00a0<a href=\"https:\/\/www.svmed.ch\/association\/publications-svm\/courrier-du-medecin-vaudois\/\">Courrier du m\u00e9decin vaudois<\/a>\u00a0(CMV) n\u00b0 2\/2020<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand la pand\u00e9mie se d\u00e9clare au printemps 1918, venant d\u2019Am\u00e9rique par le biais des soldats venus faire la guerre en Europe, des milliers de soldats suisses sont sous les armes. La Suisse compte alors 3,8 millions d\u2019habitants. 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