N’avez-vous jamais sourcillé en lisant un article médical dans la presse ? Ou soupiré devant les réactions en chaîne suscitées par une actualité médicale trop médiatisée ? Reconnaissons-le : le journalisme médical
ne laisse personne indifférent·e. Récemment, une collègue se réjouissait de pouvoir partager les résultats de ses travaux de recherche. Après quelques minutes d’entretien téléphonique avec le journaliste, elle propose une rencontre : « Ce n’est pas nécessaire, a-t-il répondu, j’ai tout ce qu’il me faut pour mon article. » Un exemple révélateur d’un écosystème médiatique sous tension : manque de temps, pression du buzz, course au clic, rédactions fragilisées et perte d’expertise scientifique. Autant d’éléments qui érodent la qualité de l’information et, parfois, la confiance des médecins.
N’en restons pas là. Pratiqué avec exigence, le journalisme médical porte des valeurs fortes : rigueur, clarté, indépendance. Il joue un rôle essentiel pour la santé publique et contribue à une meilleure compréhension collective des enjeux médicaux. Encore faut-il que le corps médical ose y faire entendre sa voix.
Nous sommes déjà, d’une certaine manière, des artisans de la communication. Parler aux médias, c’est un peu comme parler à ses patient·es : être clair, honnête, didactique, sans perdre notre exigence ni nos convictions. Être vrai, tout simplement, c’est aussi cela, donner voix à la médecine — même lorsque le discours bouscule ou dérange. Cette compétence mérite d’être développée.
Tout le propos de ce dossier est là : aider les médecins à apprivoiser cette prise de parole publique pour en faire un véritable levier au service de la santé. L’enjeu d’une telle compétence est d’autant plus fort qu’il s’étend désormais aux réseaux sociaux, où la parole médicale s’exprime sans intermédiaire : le ou la médecin devient alors directement source d’information, avec la responsabilité que cela implique. Ainsi, face à un·e journaliste, il ne s’agit pas seulement d’expliquer comment nous soignons, mais pourquoi : au service d’une médecine porteuse de sens et de valeurs fortes. De cette rencontre peuvent jaillir des prises de conscience, des vérités qui émergent, des avancées inattendues. Entre micros et stéthoscopes se tissent parfois des liens discrets mais puissants, capables de faire bouger les lignes au service de la santé.