Quand la psychiatrie dépasse le cadre de la consultation
Les maladies neurocognitives, comme la maladie d’Alzheimer, débordent largement du cadre du soin à l’individu: elles impliquent les proches, l’environnement culturel, les institutions, la société. C’est à la frontière entre soins individuels et enjeux collectifs que mon engagement associatif a pris sens. Pour moi, être médecin ne se limite pas au temps de la consultation.
Dre Estelle Gillès de Pélichy
Spécialiste en psychiatrie Vice-Présidente de l’Association Alzheimer Vaud
En tant que vice-présidente de l’Association Alzheimer Vaud, j’apporte un regard médical au sein d’une structure incarnant un lieu de soutien et de lien. Mon rôle consiste à contribuer à la mission de l’association, tant sur les plans clinique qu’administratif, en mettant mes compétences au service de l’analyse et de la mise en perspective des situations rencontrées. Cette fonction prend tout son sens au regard des profils des bénéficiaires, qui présentent souvent des parcours fragmentés, parfois contradictoires et une grande vulnérabilité. Les échanges fréquents entretenus avec les actrices et acteurs du réseau de soins permettent ainsi d’orienter, hiérarchiser les priorités et rappeler le cadre de la mission de l’association.
Une responsabilité éthique et médicale
Les maladies neurocognitives exposent fortement aux solutions dites miraculeuses, précisément parce que les personnes concernées se trouvent dans une situation de grande vulnérabilité. Dans ce contexte, apporter une lecture scientifique basée sur les preuves permet de lutter contre les fausses informations, d’éviter des dérives coûteuses, des désillusions et parfois des pertes de chance. Il s’agit d’une responsabilité éthique autant que médicale consistant aussi à rappeler le rôle de la communauté dans le soutien et
l’accompagnement, tant auprès de la personne atteinte que ses proches aidant·es.
«La présence médicale au sein de la gouvernance associative renforce la crédibilité et la cohérence des prises de position en santé publique.»
Crédit: Centre de Psychiatrie et Psychothérapie Lémanique
Du soin individuel au collectif
La présence médicale au sein de la gouvernance associative renforce la crédibilité et la cohérence des prises de position en santé publique. Elle contribue à la préparation de formations, à la qualité des messages transmis, ainsi qu’à une articulation plus juste entre le terrain clinique et les enjeux sociétaux. L’association devient un espace intermédiaire, reliant le vécu des bénéficiaires et des proches aux réalités du système de soins. Cet engagement m’a conduite à questionner une médecine parfois trop technique, fragmentée, centrée sur le symptôme, l’examen et le traitement. Face aux maladies neurocognitives, la médecine doit rester un outil de lien. Elle remet l’humain, la communauté, la rencontre et l’humilité au centre du soin et de l’accompagnement. S’engager dans une association constitue une manière de pratiquer la médecine autrement, collectivement.
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Dre Estelle Gillès de Pélichy
Spécialiste en psychiatrie Vice-Présidente de l’Association Alzheimer Vaud