Ce dossier consacré à la pédiatrie éclaire à la fois la richesse de cette spécialité et les défis auxquels elle est aujourd’hui confrontée. Il démontre l’importance de la médecine pédiatrique pour l’avenir de notre société, étant donné qu’elle concerne 22% de la population. Grâce à la qualité de leur formation pour faire face à la diversité des situations rencontrées en consultation (lire « Journal de bord d’une pédiatre», p. 20), nos pédiatres voient juste dans 90% de leurs diagnostics présumés de troubles du neurodéveloppement (TND). Du fait de leur travail de prévention et de repérage précoce, le nombre de diagnostics de TSA a ainsi augmenté de 348% entre 2015 et 2024. Par ailleurs, la prévalence d’une variante de développement attendu de l’enfant est estimée aujourd’hui à un enfant sur quatre à cinq avec, au premier plan, des troubles du développement, du langage et des troubles du spectre autistique (TSA).
Ces chiffres sont révélateurs des défis qui traversent aujourd’hui l’organisation de la prise en soins pédiatrique. Dans le canton de Vaud, l’école compte 82 650 élèves. Rapportées aux chiffres ci-dessus, ces données représentent possiblement entre 16 000 et 20 000 enfants avec des troubles neurodéveloppementaux. Or, dans un contexte de demande croissante, leur suivi repose sur un nombre limité de professionnel·les – 180 logopédistes scolaires et 300 logopédistes indépendant·es – exposant les familles à des délais d’attente prolongés pour un suivi logopédique. Cette réalité souligne un enjeu important d’adaptation des capacités aux besoins actuels. Parce qu’un diagnostic peut être posé avant l’entrée à l’école, dès deux ans, il est primordial que la prise en soins interprofessionnelle intervienne le plus précocement possible: 18 à 24 mois de délai se traduisent souvent par des années de qualité de vie perdues chez un enfant, notamment en raison d’une fragilisation de la confiance et de l’estime de soi, nécessitant parfois un accompagnement psychothérapeutique prolongé. Sans oublier que ces enjeux peuvent se répercuter à l’adolescence sous forme d’absentéisme, de décrochage scolaire ou d’autres signes de somatisation. Enfin, que dire de l’accessibilité aux soins à deux vitesses? La précarité socio-economique touche 20% des enfants. Elle est un facteur de risque reconnu pour développer des TND. Or, dans les faits, des enfants issus de milieux plus aisés peuvent bénéficier d’un suivi logopédique rapide, financé en privé (voir à ce sujet «Les effets de l’attente en logopédie», p. 25). Je finirai avec cette citation de Khalil Gibran: «Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.» Alors aidons-les à se propulser.