Lorsque j’étais étudiante en médecine, mes collègues et moi-même avons participé à une expérience de sensibilisation au handicap, pendant laquelle il nous était demandé, par exemple, de passer un appel téléphonique en portant des lunettes simulant un rétrécissement tubulaire du champ visuel et un casque antibruit, ou de sortir d’une baignoire avec des poids attachés aux jambes et un bras entravé. Cet intéressant exercice d’immersion, qui peut être effectué à n’importe quel stade de la formation médicale, permet de se mettre à la place, bien que pour une courte durée, des personnes vivant avec des limitations.
Il s’agit d’un élément fondamental, celui de « se mettre à la place de… », ou mieux encore, de demander « quel est votre besoin », comme le suggèrent plusieurs articles de ce numéro. Car personne mieux que le ou la patient·e en situation de vulnérabilité ne peut nous expliquer, à nous les soignant·es, comment rendre les soins plus inclusifs.
De nombreux termes et concepts ressortent de ce dossier consacré à l’accessibilité : équité, solidarité, combat contre les préjugés et les stéréotypes, mais aussi écoute, respect, confiance, co-construction. Interprofessionnalité et intersectorialité également, car les réponses aux besoins des personnes concernées proviennent d’elles-mêmes, mais aussi de toutes les catégories de soignant·es, des intervenant·es sociaux et sociales, des spécialistes de l’interculturalité, et bien sûr des proches aidant·es. Il reste certes du chemin à parcourir, mais à la lecture des articles qui suivent, vous découvrirez des projets, des consultations, des outils déjà opérationnels ou en phase de développement, des tendances qui méritent d’être saluées et reproduites.
Au mois d’avril 2025, j’ai participé à un événement réunissant ophtalmologues et spécialistes de la prise en charge des personnes avec un handicap visuel (ergothérapeutes, opticien·nes et optométristes) dans le Nord vaudois. J’aurais pu vous parler ici de solutions d’accessibilité innovantes, mais j’aimerais surtout partager avec vous l’enthousiasme de toutes et tous ces professionnel·les qui sont tous les jours en contact avec les personnes malvoyantes, leur fierté et leur bonheur d’avoir pu rendre accessible ce qui ne l’était pas. Puissions-nous toutes et tous connaître cette joie.
« Nous devons être traités sur un pied d’égalité – et la communication est le moyen d’y parvenir », disait Louis Braille : son message résonne encore aujourd’hui et a guidé la réalisation de ce dossier.