Fortement influencés par les croyances de chaque époque, de nombreux ouvrages traitent de la condition de l’enfant et de l’enfance à travers les siècles.
Dr Philippe Vuillemin
Spécialiste en médecine interne générale
La littérature révèle d’abord des préoccupations singulières : le baptême de l’enfant est requis immédiatement après la naissance, sous peine de le voir errer après sa mort dans les limbes. Les médecins s’intéressent aussi à l’anatomie des enfants nés « hermaphrodites ». En 1612 et 1614, ce sujet passionne deux confrères : l’un sauve du bûcher un enfant déclaré fille à la naissance et «devenu» homme en 1601, tandis que l’autre s’y oppose, affirmant qu’il n’existe que deux sexes, « homme ou femme ». Ces premières préoccupations annoncent les prémices de la prise en charge des enfants.
Du sort des enfants négligés
Dès la fin du XVIIe siècle, les autorités françaises s’inquiètent des nombreux enfants errants à Paris. Recueillis à l’Hôpital des Enfans-trouvés, ils apprennent un métier avant d’être placés dans des familles subsidiées. Pour les orphelins des «Maîtres et Artisans » de Paris, l’Hôpital des Enfans-Rouges est créé en 1536, financé par une taxe sur les usuriers. Les enfants y apprennent à lire, écrire et compter. Plus près de chez nous, le Coutumier du Pays de Vaud de 1796 reflète une préoccupation légale : la «puissance paternelle » limite les déplacements de l’enfant et disparaît si le père néglige son éducation ou tombe «dans la folie».
Wikimedia Commons / Godfrey Kneller – Hermitage Museum
Grandir et survivre
La santé physique et psychique des enfants est thématisée par de nombreux auteurs. Un généraliste breton écrivait en 1780: «De tous les maux qui affligent l’Homme pendant le cours de sa vie, on peut regarder l’enfance comme le pire de tous ». En cause : l’habitat insalubre, les convulsions, les parasites et une mauvaise dentition, facteurs péjorant les premières années. Ainsi, en 1764, le pasteur Jean Louis Muret recense, pour le Pays de Vaud, sur 1000 naissances, 182 garçons et 132 filles décédés dans leur première année de vie. La santé de l’enfant devient alors un sujet central.
Considérations éducatives déjà en vogue
En 1693 paraît De l’éducation des enfans, de l’anglais John Locke. Son succès est rapide: en 1715, la sixième édition voit le jour. L’auteur prodigue des conseils sur le sommeil, l’hygiène corporelle et alimentaire, et souligne qu’« il ne faut jamais donner aux enfans de médecine par précaution, mais pour prévenir les maux qui pourraient survenir ». Il insiste sur les processus éducatifs, affirmant qu’il ne sert à rien de battre un enfant fautif: il faut le raisonner «par des caresses et des mots adaptés ». En outre, « il faut savoir le passionner, le laisser jouer et lui apprendre à lire dès qu’il sait parler ».
John Locke fera de nombreux adeptes jusqu’au XXe siècle. Trois cents ans plus tard, bien des passages de son ouvrage demeurent d’une totale actualité.