Primes: Comment expliquer les différences interrégionales
Les données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et d’autres enquêtes classent le système de santé suisse parmi les meilleurs au monde: la population y figure parmi les plus satisfaites de l’accès aux soins et la mortalité évitable parmi les plus basses. En revanche, les coûts qu’il engendre suscitent la controverse.
Nora Wille
Collaboratrice scientifique
Dre Yvonne Gilli
Présidente de la FMH
Une enquête représentative de gfs.bern permet d’analyser les variations du poids des primes dans le temps. Elle révèle la part de ménages pour lesquels le paiement des primes représente un problème « continuel » ou « occasionnel ». Il existe par ailleurs des spécificités régionales (voir graphique ci-dessous).
Graphique Part de la population considérant primes comme un problème occasionnel ou continuel. Source : gfs.bern
Un ressenti très contrasté entre Suisse romande et Suisse alémanique
En Suisse romande, les primes d’assurance-maladie ont toujours suscité des réactions négatives plus importantes. Après 2011, ce ressenti a évolué à la baisse des deux côtés de la Sarine, avant de repartir à la hausse en Suisse romande dès 2020. Le dernier relevé indique que 17% des personnes interrogées en Suisse alémanique considèrent le paiement des primes comme un problème, contre 69% en Suisse romande.
Comment expliquer un tel écart? Les différences de coûts n’y suffisent pas. En Suisse romande, les ménages consacrent en moyenne 7,7 % de leur revenu aux primes, pour 6,5 % en Suisse alémanique, une différence trop faible pour justifier une telle divergence.
Les subsides constituent une autre piste d’explication. Une analyse de la Confédération conclut que les bénéficiaires de subsides sont soumis·es à une charge supérieure à la moyenne dans presque tous les cantons romands, en particulier à Neuchâtel et dans le Jura.
Le débat politique pourrait également jouer un rôle. Deux initiatives (allègement des primes et frein aux coûts) ont fortement imprégné les discussions à partir de 2020. Toutes deux ont bénéficié d’un soutien plus large en Suisse romande, en particulier à Neuchâtel et dans le Jura, que dans le reste de la Suisse.
Une responsabilité cantonale
Le financement uniforme devrait permettre d’alléger les primes et de freiner la hausse des coûts grâce à une prise en charge ambulatoire accrue. Depuis 2026, les cantons sont par ailleurs tenus de verser des subsides plus importants. Lorsque le poids des primes est trop élevé, c’est aux gouvernements cantonaux d’assumer leur responsabilité plutôt que de la reporter sur le corps médical. La Suisse pourrait alors continuer à concilier accessibilité financière et qualité des soins pour l’ensemble de la population.