La pénurie médicale et le défi de la relève sont, aujourd’hui, une réalité bien concrète dans notre canton et en Suisse. La statistique médicale 2025 de la FMH vient de le confirmer : la relève médicale est insuffisante. Un quart des praticien·nes ont 60 ans ou plus, et la densité en médecine de premier recours reste à 0,9 équivalent plein temps pour 1000 habitant·es – en dessous du seuil nécessaire. Pour tenir, le système suisse s’appuie sur 43% de médecins diplômé·es à l’étranger, soustrait·esaux effectifs déjà fragiles des pays européens voisins. Ce sont les symptômes d’un système sous tension, et d’une dépendance structurelle qui n’est pas tenable sur le long terme. Ces deux défis, pénurie et renouvellement, sont intimement liés et se nourrissent l’un l’autre. Quand les places d’immersion clinique manquent dès la formation prégraduée, quand les postes d’assistanat en cabinet sont sous-dotés, quand les conditions cadres découragent ou dénigrent même l’installation en pratique indépendante, c’est toute la chaîne qui se grippe. La surcharge administrative décourage les plus motivé·es à s’engager dans la voie qui, pourtant, les intéresserait le plus. Trop peu de contacts avec les patient·es et de réflexions cliniques, trop d’hyperspécialisation, pression insoutenable et bases éthiques mises à l’épreuve : autant de signaux d’alarme que nous ne pouvons plus ignorer.
L’heure des actes
La SVM refuse de se cantonner au constat. Les leviers existent : former davantage, mieux accompagner, valoriser les parcours, nouer des partenariats entre le corps médical, les filières
de formation pré- et postgraduée, les communes et l’État. Prenons l’exemple du cabinet de groupe à Champagne : quand ces actrices et acteurs collaborent, des projets concrets émergent et répondent à une demande immédiate (voir p. 22). L’ensemble du corps médical doit contribuer à induire un changement durable. Accueillir un·e médecin assistant·e, devenir maître de stage, mentorer un·e jeune collègue en quête de sens ou de direction : ces gestes font partie intégrante de la pratique médicale. Ils méritent d’être reconnus, valorisés, voire enseignés dès les études. Il en va de l’accès aux soins pour nos patient·es et de la survie de notre profession. Ce dossier donne la parole à celles et ceux qui agissent : chercheuses et chercheurs, clinicien·nes, étudiant·es, juristes,
professionnel·les de l’interprofessionnalité. Autant de regards croisés pour mieux comprendre et dépasser l’urgence.