Les premières années sont très différentes de ce que l’on peut vivre au gymnase : le rythme s’intensifie, l’organisation du travail repose presque entièrement sur les épaules des étudiant·es, et cela dans une ambiance marquée par la pression du concours qui plane sur chacune des têtes. Cette sélection installe non seulement un climat compétitif, mais peut aussi rendre l’équilibre entre études et vie personnelle relativement précaire. Les deux années suivantes complètent le Bachelor et permettent non seulement de se constituer une base scientifique solide, mais également d’acquérir le socle théorique nécessaire pour aborder l’entrée dans le monde de la clinique. Elles restent cependant très marquées par les cours ex cathedra et par une médecine relativement abstraite, parfois éloignée de la réalité des patient·es. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreuses et nombreux étudiant·es ressentent un besoin croissant de donner du sens à leurs apprentissages et d’appliquer concrètement leurs connaissances.
Une transition vers la clinique encore perfectible
La transition vers le Master constitue donc un moment charnière dans ces études : elle marque une entrée progressive dans la clinique avec les cours BLOC et les stages, mais représente également une source de stress importante avec la nécessité de réfléchir à son avenir professionnel. Cette transition souligne certaines limites du cursus : une exposition clinique qui arrive relativement tard, une charge de cours importante et parfois très spécialisée, ainsi qu’une réflexion clinique parfois difficile à développer lorsque l’apprentissage repose majoritairement sur la mémorisation de pathologies. Ce sont parfois les échanges et expériences à l’étranger qui permettent de découvrir d’autres modèles d’enseignement, avec des formats de cours différents (séminaires, discussions de cas, enseignement en petits groupes, qui rapprochent davantage la théorie de la pratique).
Des pistes d’amélioration identifiées
Face à ces constats, plusieurs pistes d’amélioration émergent. Une immersion clinique plus précoce, même sous la forme d’observations ponctuelles en cabinet ou à l’hôpital, permettrait de donner davantage de sens aux apprentissages théoriques. Le développement de formats pédagogiques plus interactifs, comme les discussions de cas ou le travail en petits groupes, pourrait également favoriser l’acquisition d’un véritable raisonnement clinique. Enfin, un meilleur accompagnement dans l’orientation professionnelle, via des structures de mentorat ou à travers davantage d’échanges avec des médecins en exercice, pourrait aider les étudiant·es à mieux comprendre les différentes trajectoires possibles et à appréhender les enjeux de la profession. De nombreuses initiatives vont déjà dans ce sens, notamment les projets de réforme du Master menés par la Faculté de Biologie et de médecine (FBM) et l’École de Médecine, ou encore la soirée des spécialités organisée en collaboration avec la SVM et l’AEML. D’autres projets et initiatives étudiantes, comme les opportunités d’immersion clinique, contribuent également à explorer de nouvelles pistes de solution.
Ainsi, malgré certaines limites liées à l’équilibre entre théorie et pratique ou à la répartition de l’exposition clinique, la formation médicale à Lausanne continue d’évoluer. Le dialogue entre étudiant·es, faculté, actrices et acteurs du système de santé constitue un élément essentiel pour adapter le cursus aux réalités du terrain et former des professionnel·les compétent·es, engagé·s et prêt·es à répondre aux défis de la médecine de demain.