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Édito

La rhétorique, enjeu de santé

Il y a les patient·es qui franchissent la porte du cabinet avec un diagnostic déjà posé par une intelligence artificielle. Il y a aussi la figure politique, ouvertement critique à l’égard du consensus scientifique, mais installée à la tête des principales institutions sanitaires de son pays. Ces deux situations, profondément différentes, révèlent pourtant la même difficulté croissante à distinguer l’expertise de l’opinion.

Les philosophes de la Grèce antique opposaient déjà l’épistémè, le savoir construit par la méthode et la démonstration, à la doxa, l’opinion façonnée par les croyances, les émotions ou l’expérience personnelle. Le détour par l’Antiquité ne relève pas du simple exercice érudit. Une publication de la professeure Sara Rubinelli dans la revue American Behavioral Scientist en 2026, montre que les procédés qui nourrissent aujourd’hui la désinformation étaient déjà identifiés par Platon, Aristote et Cicéron.

Sur ce constat, les autrices et auteurs proposent un cadre d’analyse reposant sur quatre exigences complémentaires. La première est épistémique et suppose une information fondée sur une méthode rigoureuse, tout en assumant les incertitudes propres à la science. La deuxième est rhétorique et recherche un juste équilibre entre la crédibilité du locuteur  ethos), la force des arguments (logos) et la mobilisation des émotions (pathos). La troisième est éthique, rappelant que toute communication en santé engage une responsabilité envers le bien commun. Enfin, une information de qualité doit être intelligible et accessible à toutes et tous, les inégalités de compréhension constituant un terreau propice aux manipulations.

Les médecins en font quotidiennement l’expérience : au-delà de la  transmission des connaissances, il importe de leur donner une forme permettant aux patient·es un choix éclairé. Une information scientifiquement irréprochable, mais incompréhensible, échoue out autant qu’une information erronée, mais présentée avec talent. C’est aussi le message d’un éditorial publié en 2026 dans le Journal of Health Communication, signé par le Dr Scott Ratzan et les éditrices et éditeurs de dix autres revues scientifiques. La qualité de l’information repose sur sa validité scientifique, mais aussi son orientation éthique. Elle doit être accessible et utile à la décision. L’information devient alors un véritable déterminant de santé.

Alors que l’intelligence artificielle rend les connaissances toujours plus accessibles, la valeur ajoutée du corps médical réside probablement plus dans sa capacité à apprécier la qualité de l’information et à l’inscrire dans la singularité de chaque situation clinique, que dans leur détention. Cette sagesse pratique demeure au cœur de l’acte médical, qu’il s’exerce auprès des patient·es ou qu’il éclaire les décisions de celles et ceux qui portent la responsabilité des politiques de santé.

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