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La médecine à l'épreuve de l'imaginaire

Et si nous échappions à Prométhée ?

Dès lors que l’on s’aventure à imaginer le futur de nos avancées technologiques, il semble impossible d’échapper au mythe antique de Prométhée et à ses avatars récents. Entre idéal et cauchemar total, nos savoirs se voient alors fréquemment enfermés dans de vieilles structures narratives. L’avenir gagnerait pourtant à être caractérisé par l’ouverture des possibles, seule capable de nous conduire à nous réinventer.

Esquisser ce que pourrait être la médecine en 2050 nous place dans une position délicate. Comment donner corps à un futur sans mobiliser, même inconsciemment, les modèles qui structurent, et ont structuré, notre imaginaire actuel ? Comment former une représentation alors que nous sommes déjà informés, mais souterrainement, par des représentations qui bornent nos inventions ?

Le piège des mythes anciens

Dès que nous nous intéressons au développement d’une science ou d’une technologie, nous voyons rapidement surgir l’ombre de Prométhée, le célèbre Titan enchaîné sur un rocher pour s’être joué de Zeus en offrant le feu aux hommes. Il nous rappelle que notre imaginaire progressiste est « bipolaire » : Prométhée est en effet à la fois l’incarnation de la punition divine – Prométhée comme signe de la déchéance – et du génie humain – Prométhée comme signe du progrès. Ces deux interprétations font que, dès lors que l’on s’interroge sur notre avenir, on a tendance à le considérer comme un rêve où nous aurions tout résolu ou comme un cauchemar qui nous engloutira.

Penser au-delà de l’utopie et de la dystopie

Or, et parce que nos mythes ne sont jamais la réalité, il nous faut les dépasser pour penser – et non anticiper – ce vers quoi nous tendons et rester alerte pour que ni l’utopie ni la dystopie ne guident nos décisions. La médecine de 2050 sera-t-elle cette pratique qui aura enfin trouvé un remède à tous nos maux et nous aura libérés de la souffrance et de la mort ? Ou aura-t-elle cédé son pouvoir aux IA qui nous enfermeront dans des prédictions uniquement basées – fonctionnement des algorithmes oblige – sur le déjà-connu, alors que nous sommes toujours plus que les catégories qui nous enserrent ? Nous pourrions lister toutes les technologies d’aujourd’hui et de demain, rêver à leur efficacité ou s’effrayer de leur pouvoir, les voir comme les sources de notre bonheur ou les graines de notre anéantissement. Rien n’y fera : nous resterions à l’étroit dans des structures mythiques qui ont bientôt trois mille ans.

Que sera donc la médecine en 2050 ? Nous ne le savons pas. Ce que nous savons, c’est qu’elle devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour échapper autant au Prométhée destructeur qu’au Prométhée salvateur…

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