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Médecine clandestine

Les allumeurs de réverbères

Et si, demain, soigner devait se faire en secret ? Dans un monde où la médecine s’est automatisée et standardisée, des soignant·es tentent, dans l’ombre, de maintenir vivante une médecine humaine, éclairée et critique.

6h45 : le jour se lève. Enfin je crois. Je me prépare pour aller travailler. D’aucun·es nous appellent les allumeurs de réverbères. Nous vivons tapis sous terre. Qui nous sommes ? Des médecins et soignant·es de tous âges, de toutes spécialités, qui croyons encore en l’humain et qui sommes forcé·es de pratiquer notre métier à l’abri des regards.

Une médecine livrée aux algorithmes

Depuis des années, la science que nous connaissions est remise en cause par d’autres. Leur idéologie aveugle a délaissé des décennies de recherche et de travail acharné, dont le seul but était pourtant de soigner l’humain. Les soignant·es vivant à la surface ont cédé à une technologie sans limites basée sur des résultats rapides, une médecine impersonnelle et une pseudoscience qui leur sont propres.

L’essor technologique leur a permis de faire un bond dans ce que fut jadis appelé « la médecine du futur ». Le flux de données à disposition, soigneusement stocké durant des années, force tout à l’accélération. À chaque question sa réponse immédiate, mécanique, sans réflexion ni sens critique – fichus algorithmes. La médecine se voit façonnée par une élite, orientée selon des dogmes incontestables, reposant sur des volontés politiques, religieuses, économiques, qui n’a pas de temps à perdre avec l’empathie : le temps, c’est de l’argent. Cette médecine se base sur des indicateurs de performance et d’efficacité. Un seul but : rationaliser et économiser.

Résister pour mieux soigner

Pour certains, nous sommes des rebelles, des illuminé·es. Mais qu’importe, nous le faisons pour autrui, porté·es par l’amour de l’autre, la bienveillance et notre foi en une science basée sur des preuves, à l’abri des ingérences politiques comme des injonctions religieuses. Nous cherchons à perpétuer notre passion du soin et à défendre une médecine centrée sur nos patient·es. Sans rejeter la technologie, nous nous efforçons de la mettre au service de celles et ceux que nous soignons, sans automatiser les décisions, et en profitant du temps gagné pour rester à leurs côtés, sans sablier ni clepsydre.

Minoritaires, notre voix dissidente reste peu relayée. Caché·es, nous nous exposons au danger, tout en suscitant la curiosité. Notre singularité attise les rumeurs et le bouche-à-oreille constitue une arme précieuse – les gens le savent et continuent de venir nous consulter. C’est pourquoi nous devons continuer à encourager de jeunes allumeurs de réverbères, en leur montrant ce métier encore plein de ressources.

6h45 : le soleil point à l’horizon. Oh… Tout ceci n’était qu’un rêve. Ou un cauchemar ?

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