Le système de santé atteint ses limites : pénurie actuelle et future de soignant·es, charge financière pour les ménages, vieillissement de la population, coût de la médecine hautement spécialisée, etc. Comment continuer à soigner aujourd’hui ? Comment soigner demain ? Dans ce dossier, nous avons invité des actrices et acteurs du système à imaginer le système de santé du futur. De l’analyse rationnelle à la création de scénarios utopiques ou dystopiques, laissez-vous conquérir par des textes qui invitent à la réflexion, tout en sortant des sentiers battus. J’ouvre la danse ci-dessous.
« Medecine Runner »
Bordure Nord du Canton, 1er janvier 2050 – La mention « 351 demandes » s’affiche sur mon écran. On m’a suggéré de rajouter des cases à cocher dans le système : « traitement de la douleur », « présence de fièvre », « éruption cutanée », etc. J’ai refusé. Cela rappelle trop ce qu’offrent les portails médicaux officiels de tri opérés par l’intelligence artificielle.
Les patient·es doivent pouvoir arriver avec leurs propres demandes, aussi vagues soient-elles. Ils et elles ont économisé pour atteindre la somme leur permettant d’accéder à mon réseau de consultations médicales : de vrais médecins et un véritable corps infirmier, avec lesquels ils pourront avoir un contact direct, sans interface. Économiser cet argent n’est pas facile : le système à deux vitesses actuel coûte cher ; on sort très vite du catalogue des prestations prises en charge par le Canton.
Le fait d’être dans la Bordure me facilite la vie : la centralisation massive a compliqué l’accès aux soins pour les plateaux techniques complexes, mais a simplifié mon fonctionnement sous le manteau, notamment pour les contacts avec le réseau parallèle des pharmacien·nes. Notre communauté est plus autonome, plus active, mieux organisée localement. Il y a moins d’efforts à faire pour la prévention. Nos collègues qui travaillent au Néo-CHUV (du moins celles et ceux qui n’ont pas été remplacé·es par des robots) peinent à pouvoir donner l’exemple : tapis de courses dans les recoins de l’hôpital, repas ultra transformés, etc.
Mais j’ai confiance : notre analyse financière montre que notre système est viable. Et avec les soignant·es sorti·es de notre structure de formation parallèle, nous serons bientôt à nouveau assez nombreuses et nombreux pour instaurer notre système de soins, basé sur l’humain, la collaboration, la communication, l’autonomisation, l’innovation et le contact, dans le respect des ressources.
« 378 demandes » : au travail !