06:53 Lundi 3 juin 2052
Lio, 30 ans, médecin assistante en troisième année, fait son entrée dans le service. En passant devant l’écran d’accueil, elle lit taux d’occupation: 127 %. Avec le vieillissement de la population, le travail ne manque jamais. De nos jours, être médecin assistant·e constitue une tâche écrasante, poussant une majorité d’étudiant·es en médecine à changer de vocation avant même de commencer à travailler. L’intelligence artificielle, elle, s’occupe de rédiger les rapports et lettres de sorties via un minibot, un assistant électronique qui accompagne les assistant·es en permanence. Quand il ne bugue pas. En réalité, Lio passe bien plus de temps à vérifier les textes générés par IA et à remplir des formulaires pour obtenir le remboursement des prestations – sur les six différents logiciels utilisés dans son département – qu’à accompagner ses patient·es en personne.
Début de la consultation
Des collègues en télémédecine accompagnent Lio depuis l’étranger. Depuis l’intensification de la pénurie de médecins, l’hôpital s’est vu contraint d’externaliser et le manque s’est renforcé dans les zones rurales, désertées au profit des hôpitaux. Il avait pourtant été démontré dans une étude de 2025 que le coût des études de médecine était moindre qu’imaginé. Mais au fil des ans, la demande s’est développée bien plus rapidement que la capacité et la volonté d’extension des facultés.
15:56
Lio aperçoit une médecin séniore pour la première fois de la journée. Ses conseils sont précieux : face aux conditions de travail difficiles, il devient rare de croiser quelqu’un de suffisamment expérimenté. La formation postgrade a malheureusement dû être revue à la baisse, au grand dam des patient·es et de la profession.
17:28
Revirement de situation. Le minibot de Lio cesse de fonctionner. Elle se voit contrainte de communiquer directement avec son patient, sans écran ni intermédiaire. Elle est seule avec lui et et son bloc-notes. Pour la première fois, elle a du temps pour l’observer, l’écouter et le rassurer. Dans un monde désormais conçu autour de l’efficacité et du bénéfice, ce moment lui paraît tout simplement… irréel.
Happy end ?
Que doit nous apprendre ce scénario ? Que l’avenir de la médecine ne se résume pas à l’optimisation, aux réformes ou aux nouvelles technologies. La vraie question est celle de l’humain : quelle place lui donnerons-nous dans la formation médicale et dans notre manière de soigner ? Il nous appartient de façonner non seulement nos propres conditions de travail, mais aussi celles dans lesquelles la relève se formera et exercera demain. A nous de faire en sorte que l’avenir inspire l’espoir en développant un environnement propice à une pratique ambitieuse, soutenable et fidèle à nos valeurs !