La médecine en clinique privée DIMINUE les coûts de la santé

12.11.25 | Proposé par: Vincent Bettschart

Deux récentes informations ont circulé sur le site de la RTS, et dans le journal en ligne Watson (1-2). A la lecture de ces articles on comprend que les interventions en régime privé/demi-privé vont grossièrement augmenté la charge financière pour tous les assurés. Watson titre explicitement « Pourquoi être assuré en « division privée » coûte cher au système ».

Les journalistes semblent découvrir l’existence d’un système d’assurance complémentaire. Tandis que Baptiste Hurni, conseiller aux Etats neuchâtelois, vice-président de l’association suisse des patients et jamais avare en approximations quand il s’agit de pourfendre les médecins, cite la FINMA qui aurait fait état « en 2022 ou 2023 (sic), de surfacturations systématiques ».

La réalité est tout autre : pour la maladie, il existe en Suisse deux régimes d’assurance distincts régis par deux lois différentes.

  • L’assurance maladie, régie par la LAMAL est obligatoire. Ce sont les primes de cette assurance, à laquelle on n’échappe pas qui augmentent de façon incontrôlée chaque année. La LAMAL couvre l’ensemble des frais médicaux ambulatoires et hospitaliers.
  • L’assurance complémentaire, régie par le la Loi sur le Contrat d’Assurance (LCA) est optionnelle. Les assurances sous ce régime (Privé/demi-privé) ne concerne que les hospitalisations et ne couvrent que les prestations supplémentaires à celles prévues par la LAMAL.

Plus d’une personne sur cinq en Suisse choisit d’avoir une assurance d’hospitalisation.

Ce choix est dicté notamment par la volonté d’avoir le choix du médecin, de bénéficier un suivi médical personnalisé, de pouvoir participer concrètement aux décisions thérapeutiques, de pouvoir planifier une intervention chirurgicale selon ses propres obligations, ainsi que d’avoir accès à un certain confort hôtelier.

Lorsqu’un patient est hospitalisé en clinique privée le coût à charge de la LAMAL est 12% moins élevé que pour la même prise en charge au CHUV, car le canton a attribué une valeur du point swissDRG plus élevée au CHUV (3).

Comme le financement de la partie médicale d’une hospitalisation en clinique privée n’est assuré que par la LAMAL, à chaque fois qu’un patient n’est pas opéré au CHUV, il fait économiser 12% aux autres assurés. Être assuré en prive DIMINUE les coûts !

Le financement d’une hospitalisation puise à deux sources. La première, on l’a vu, est l’assurance de base LAMAL, moins chère en clinique qu’au CHUV. La deuxième est le financement direct du canton. La répartition entre ces deux sources est prévue par la loi : 45% pour l’assurance, 55% pour l’État. En violation de la loi, le canton de Vaud ne paye pas les 55% dus aux cliniques privées. Donc chaque patient hospitalisé dans une clinique privée fait réaliser une économie substantielle à l’État !  Par ce mécanisme aussi, être assuré en prive DIMINUE les coûts.

Alors d’où sortent les chiffres cités par la RTS et Watson ? Les prestations supplémentaires coûtent. Être reçu, évalué et traité par un médecin expérimenté se paye. Éviter la kyrielle d’assistants et chefs de clinique se succédant au cours de la même hospitalisation, aussi. Être certain, en cas de complication, que c’est le médecin qui vous connait qui va répondre n’est pas une évidence. Être opéré par des mains chevronnées est une sécurité supplémentaire. C’est ce que facturent les médecins en clinique privées. Entièrement à la charge de l’assurance complémentaire

Dans les hôpitaux public, CHUV compris, la manne en provenance des assurés privés permet continuer à offrir des prestations de base mal rénumérées. Là aussi l’assurance privée DIMINUE les coûts de la santé. Être assuré en privé DIMINUE les coûts, même de l’hôpital public

Le communiqué de la FINMA de 2020 portait principalement sur le manque de transparence des modalités de facturation en LCA et non de « surfacturation systématique ». En janvier 2025, la FINMA constate les progrès accomplis et souligne les points d’amélioration en vue d’une transparence complète (4). Des efforts considérables ont été consentis, tant de la part des assureurs que des médecins en clinique privée afin de fonctionner dans un système à la fois conventionné et transparent.

La RTS et Watson exposent leurs thèses de façon caricaturale. Prenons un autre exemple : un vol, disons de Genève à New York, en classe économique avec Swiss est facturé CHF 1’414,70. Le même trajet dans le même avion en busines est affiché CHF 5’242,20. On part et on arrive à la même heure, pourtant certains payent presque 4 fois plus. Pour la même prestation, vraiment ? Oui le vol est le même, le résultat final est le même. C’est comme une prothèse de hanche faite en privé en LCA ou en public en LAMAL, le résultat est le même. Cependant, le voyageur en busines aura droit à des prestations supplémentaires : enregistrement, repas, bagages, etc. Les places en business sont cruciales pour rentabiliser un vol, générant jusqu’à la moitié du revenu d’un long courrier, tout en occupant 10-15% de la place. Sans classe business il faudrait presque doubler le coût de l’economy (4)!

Et sans LCA de combien faudra-t-il augmenter encore les primes maladies de l’assurance de base ? Une question à ne pas poser à Monsieur Hurni !

 

  1. https://www.rts.ch/info/sante/2025/article/honoraires-des-medecins-jusqu-a-3-fois-plus-chers-avec-l-assurance-privee-29049011.html
  2. https://www.watson.ch/fr/suisse/sante/723708557-etre-assure-en-division-privee-coute-tres-cher-au-systeme
  3. https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/sante/Organisation/Hopitaux/Tarifs_LAMal_vaudois_2025_de_r%C3%A9f%C3%A9rence.pdf
  4. https://www.finma.ch/fr/news/2025/01/20250116-mm-leistungsabrechnung-krankenzusatzversicherer/
  5. https://fortune.com/2023/09/15/airline-industry-business-travel-revenues-flights-emissions-climate-change/

3 commentaires

    Wettstein Michael

    08.12.25
    Merci Vincent de cette revue claire et imagée pour ceux qui veulent ne pas comprendre... Je me permettrai également de l'afficher dans ma salle d'attente.

    Heinicke Jean-Marc

    15.11.25
    Bravo Vincent pour cette clarification. Ne soyons pas dupes, soit les politiciens et journalistes n’ont vraiment pas encore pigés comment le système est ficelé, alors ils ne sont pas à la bonne place dans leur fonction, soit ils ont entretiennent sciemment la confusion et alors c’est de la pure démagogie…

    de Heller Henri-Kim

    12.11.25
    Excellente explication de cette simple réalité sur la confusion entretenue par de nombreux politiciens ou journalistes, pour éviter d'affronter la difficile question des coûts de la santé. Pour ma part, je vais afficher cet article dans ma salle d'attente, ce qui permettra de susciter le débat. Petite action dans l'océan de la désinformation contre laquelle nous devons lutter.

Déposer votre commentaire

Résumé de la politique de confidentialité

La SVM s’engage à protéger votre vie privée. Contactez-nous si vous avez des questions ou des problèmes concernant l’utilisation de vos données personnelles et nous serons heureux de vous aider.
En utilisant ce site et / ou nos services, vous acceptez le traitement de vos données personnelles tel que décrit dans cette politique de confidentialité.

En savoir plus