Chères femmes, chères consœurs, chers confrères,
Le 10 novembre 2025, la Food and Drug Administration américaine a reconnu publiquement une erreur majeure. Elle a retiré tous les avertissements concernant l’hormonothérapie substitutive de la (péri)ménopause, en admettant que ces mises en garde étaient trompeuses, anxiogènes, scientifiquement dépassées, issues d’une culture paternaliste de la santé de la femme et qu’elles avaient empêché des millions de femmes d’accéder à un traitement efficace et sûr lorsqu’il est prescrit de manière appropriée.[1]
Aux États-Unis, cette décision a été présentée comme une avancée historique en santé des femmes.
Et en Suisse ? Rien.
Pas un mot dans les médias généralistes, pas une ligne dans la presse médicale, pas un communiqué des sociétés savantes, pas une prise de position de Swissmedic.
Pas la moindre réaction alors que la moitié de la population est concernée.
Un silence total, comme si l’information n’existait pas ou ne méritait pas d’être portée à la connaissance de celles qui en auraient le plus besoin, et de leurs médecins.
Les femmes de plus de 40 ans représentent environ 2,2 millions de personnes dans notre pays.
Deux millions de trajectoires professionnelles, familiales, psychiques et biologiques, 2 millions de femmes qui traversent une transition hormonale majeure, dont les répercussions touchent la cognition, l’humeur, le sommeil, l’énergie, la santé cardiovasculaire, les os, le métabolisme – tout leur corps pour ainsi dire, sans épargner aucun organe.
Comment, en 2025, une annonce de cette ampleur peut-elle être tenue hors du champ public, hors du champ médical, hors du champ politique ?
En tant que femme, médecin, psychiatre, je vois chaque semaine ce que produit ce silence, et je le vis aussi. Ce sont des burnouts qui n’en sont pas vraiment, des dépressions résistantes, des insomnies chroniques, des douleurs diffuses, une baisse de la capacité d’attention, une vulnérabilité émotionnelle accrue, une fatigue qui s’installe comme un brouillard persistant. Mais aussi des douleurs, des migraines, de l’hypertension, des prises de poids et toutes leurs conséquences, des fractures…[2], [3], [4]
Je vois des femmes de 40 à 55 ans, qui quittent leur emploi ou en sont écartées, les séparations conjugales explosent, les taux de suicide féminin atteignent leur apogée, ces femmes dont beaucoup cessent de lutter, persuadées d’être « trop sensibles », « trop fatiguées », « plus assez performantes », alors qu’il s’agit d’un phénomène physiologique.
Un phénomène PHYSIOLOGIQUE, prévisible, et surtout TRAITABLE.
Avec des interventions simples, efficaces, peu coûteuses et à faible risque lorsqu’elles sont fondées sur les données actuelles de la science.
Le paradoxe est là : ce n’est pas l’absence de solutions qui fait souffrir les femmes, mais l’absence d’information.
L’absence de relais institutionnels, le refus de considérer la (péri)ménopause comme une question centrale de santé publique, à l’intersection de la santé mentale, de la santé somatique, de l’économie et de l’égalité.
Ce silence institutionnel a un coût humain, psychiatrique, sanitaire, économique et social. Il montre la persistance d’un angle mort dans notre système de santé, que la biologie féminine continue d’être traitée comme une note de bas de page, limitée à cette remarque trop entendue « c’est dans votre tête Madame ». Il dit que la honte, la pudeur et la gêne entourant la (péri)ménopause gagnent encore contre la science.
Comment accepter que les femmes ne sachent même pas que cette évolution a eu lieu ? Comment accepter que les médecins ne soient pas informés, et même formés tout court ?
C’est pour cela que j’écris cette lettre. Parce qu’il n’est plus acceptable que deux millions de femmes traversent cette transition dans la solitude et en mettant leur santé en danger par ignorance, alors que les données existent, que les traitements existent et qu’ils sont à portée de main.[5],[6]
Ce texte est un appel à rompre le silence, et reconnaître que la santé hormonale est un déterminant majeur de santé mentale, physique, professionnelle et relationnelle.
Un appel à supplémenter et considérer les femmes avec la rigueur biomédicale que l’on applique à toute autre question de santé publique de cette ampleur.
Nous devons faire mieux, et nous pouvons faire mieux.
Pour nos patientes, pour l’image de la médecine, mais aussi pour nous-mêmes en tant que femme.
Pour toutes celles qui, aujourd’hui, se tiennent au bord du renoncement alors que des solutions existent.
Pour que cette invisibilisation cesse, enfin.
Dre Estelle Gillès de Pélichy,
Médecin Psychiatre FMH
[1] https://www.fda.gov/news-events/press-announcements/hhs-advances-womens-health-removes-misleading-fda-warnings-hormone-replacement-therapy
[2] N Engl J Med 1980;303:1195-1198
[3] Barrett-Connor E, Bush TL. Estrogen and coronary heart disease in women. JAMA. 1991 Apr 10;265(14):1861-7. PMID: 2005736.
[4] Paganini-Hill A, Henderson VW. Estrogen replacement therapy and risk of Alzheimer disease. Arch Intern Med. 1996 Oct 28;156(19):2213-7. PMID: 8885820.
[5][5] https://doi.org/10.1080/17512433.2023.2219056
[6] PMID: 38642901. DOI: 10.1016/j.jad.2024.04.041
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Laurence