En collaboration avec le journal 24heures, la SVM a mandaté cet été l’institut de sondage MIS Trend afin d’en savoir un peu plus sur la façon dont les Vaudois se préoccupent de leur santé, fréquentent les cabinets médicaux et perçoivent le débat récurrent sur les coûts. Voici les principaux résultats que la SVM retient de cette étude, réalisée auprès de plus 1025 personnes représentatives de la population vaudoise.
Plutôt en bonne santé, appréciant l’offre médicale à disposition mais un peu moins son coût, les Vaudois sont responsables et ne surconsomment pas des prestations.
- 82% des répondants considèrent que leur état de santé est bon ou très bon. Le sondage confirme ainsi pour le canton de Vaud les résultats nationaux de l’Enquête suisse sur la santé réalisée par l’Office fédéral de la statistique en 2017 (85%).
- 84% des répondants considèrent que la qualité de l’offre médicale et des soins est excellente ou bonne dans le canton de Vaud. Seuls 57% trouvent néanmoins que le rapport coût/qualité est de même niveau (26% passable, 12% mauvais ou très mauvais).
- En cas de problème de santé, 83% des répondants attendent d’abord quelque temps pour voir si leur situation s’améliore, avant de prendre rendez-vous chez leur médecin. Seuls 8% prennent rapidement rendez-vous chez le médecin dès qu’un problème apparaît. 28% pensent même qu’ils devraient prendre rendez-vous plus souvent chez leur médecin pour un contrôle.
- Lors des 12 derniers mois, 87% des répondants se sont rendus au moins une fois chez leur médecin (soit très légèrement plus que la moyenne suisse de 82% selon l’enquête suisse sur la santé de 2017), mais seulement 13% plus de 5 fois, dont une forte proportion de personnes se déclarant en moyenne/mauvaise santé. Six répondants sur 10 n’y sont pas allés du tout (13%), une seule fois (26%) ou alors seulement 2 fois (22%). Moins de la moitié (48%) a d’ailleurs déjà un rendez-vous fixé chez un médecin dans les 12 prochains mois.
- Dans la grande majorité des cas (88%), en cas de problème de santé, obtenir rapidement un rendez-vous chez son médecin ne pose pas de problème majeur. C’est sans doute aussi grâce à cela que lors des 12 derniers mois, 63% des répondants n’ont pas eu recours à un service d’urgence et que 91% n’ont pas appelé la centrale téléphonique des médecins de garde, ni le 144.
- Le médecin reste donc le premier référent en cas de problème, avant les urgences. Ce qui est positif du point de vue de la maîtrise globale des coûts. A noter que ce sont les 18-44 ans qui sont les plus grands « habitués » des services d’urgence.
La relation médecin-patient est très forte, empreinte de confiance, durable. Le libre-choix du médecin est plébiscité.
- 82% des répondants déclarent avoir un médecin traitant qui les suit régulièrement (généraliste ou spécialiste). En moyenne, ils vont chez le même médecin depuis 14 années. Pour 35% d’entre eux, la relation avec leur médecin traitant date même de plus de 20 ans. 69% des répondants n’ont pas changé de médecin ces 5 dernières années. Le critère géographique semble important pour le choix du médecin, puisque dans 64% des cas, celui est généralement situé à moins de 5km du domicile du patient.
- 96% des répondants font confiance à leur médecin. Ils estiment que celui-ci les conseille bien et leur prescrit les traitements et examens adéquats (93%) et que ses honoraires sont corrects (82%).
- Pour 93% des répondants, il est important ou très important de pouvoir choisir librement son médecin, ou d’en changer le cas échéant.
- Pour la SVM, la proportion de gens ayant un médecin traitant et leur fidélité à leur égard est impressionnante et réjouissante, d’autant plus dans un contexte où les nouvelles formes d’assurances et les réseaux menacent clairement ce lien, quitte à engendrer des coûts supplémentaires indirects (urgences).
Attention à la limitation de la densité médicale (pénurie)
- Parmi les répondants ayant changé de médecin au cours des 5 dernières années (31%), on voit qu’un quart (8%) a eu de la peine à trouver un nouveau médecin (trouvé « assez difficilement » ou très « difficilement »).
- Et 11% des répondants (sur les 840 qui ont un médecin traitant) ont parfois de la peine à obtenir un rdv chez leur propre médecin. Ce chiffre est encore plus élevé chez les 30-44 ans (14%), les 45-59 ans (17%), et chez les étrangers (22%), donc chez les actifs. On voit aussi que seuls 43% ont répondu « tout à fait » à la question de savoir s’il est facile d’obtenir un rdv en cas de problème.
- La SVM constate donc que pour certains ou dans certaines situations, la pénurie de médecins dans le canton de Vaud est déjà une réalité. Donc, que toute nouvelle mesure de restriction à l’installation de médecins ou de limitation de la densité médicale comporte le risque d’une péjoration marquée de la prise en charge sanitaire, ou d’un report massif vers les services d’urgence. D’autant plus dans un contexte de vieillissement et d’augmentation de la population.
Attention à la durée de la consultation (et aux non-dits)
- 90% des répondants considèrent que la durée des consultations est adéquate. Si très peu de personnes considèrent qu’elle est trop longue (2%), 8% considèrent néanmoins qu’elle est trop courte. Principalement chez les 30 à 44 ans (13%) et les étrangers (13%).
- 15% des répondants indiquent ainsi qu’ils n’ont pas toujours pu parler à leur médecin de tous les problèmes de santé qui les préoccupent, faute de temps. Par peur de découvrir qu’ils étaient malades ou par peur du jugement du médecin, 11% ont aussi renoncé à parler spontanément d’un problème de santé à ce médecin (ou d’un comportement à risque). Ces deux chiffres montrent d’une part que la durée remboursée de la consultation est effectivement un enjeu de santé publique, mais aussi que les médecins se doivent d’être curieux dans l’intérêt de leurs patients.
Les Vaudois sont fidèles à leurs caisses maladie (et à leur franchise), même les plus touchés par la hausse récurrente des primes.
- Malgré les hausses de primes de 2019 (et en dépit des nombreuses incitations financées par les primes…), 89% des répondants n’ont pas changé de caisse maladie au cours des 12 derniers mois, et 82% n’ont pas non plus changé de franchise. Cette stabilité « envers et contre tout » amène également à s’interroger sur la pertinence du niveau actuel des réserves, parfois aussi mise en avant pour garantir une protection des caisses contre des transferts potentiels massifs d’assurés.
- Les deux tiers des répondants ont opté soit pour la franchise la plus basse de 300 CHF (32%), soit à l’opposé pour la franchise la plus haute de 2500 CHF (33%), il est moins fait recours aux niveaux intermédiaires (500, 1000, 1500 et 2000 CHF).
- A relever que les répondants (26%) bénéficiant d’un subside cantonal optent apparemment pour des franchises sensiblement plus basses que la moyenne de la population (300 CHF = 43%, plus de 2000 CHF= 24%), donc aussi pour des primes plus hautes, ce qui peut sembler paradoxal. Il semble ainsi que les personnes bénéficiant d’un subside ont tendance à privilégier plutôt la maîtrise/prévisibilité de leur budget santé, plutôt que la recherche directe d’économies pour le budget du ménage, qui pourrait représenter un risque.
- Seul un quart des répondants opte pour un modèle traditionnel sans rabais (donc avec libre-choix total du médecin et accès direct aux spécialistes). Plus de la moitié des répondants (55%) ont même déjà opté pour un modèle de type « médecin de famille », moins onéreux mais plus restrictif, et 11% pour un modèle encore plus contraignant et meilleur marché d’accès aux soins médicaux (HMO, télémédecine).
- Ce résultat est très intéressant dans le cadre du débat sur la clause du besoin (restriction à la liberté d’installation), puisqu’il montre que l’accès direct aux spécialistes, parfois accusés d’être trop nombreux et de générer des coûts inutiles par une augmentation exagérée de l’offre médicale, n’est de fait déjà plus possible pour les trois quarts de la population vaudoise. On peut donc en déduire que si les coûts des médecins spécialistes vaudois sont en augmentation, c’est peut-être d’abord parce que les médecins de famille, de HMO ou même de télémédecine jugent nécessaires de leur envoyer toujours davantage de patients.
Attention à la médecine à 2 vitesses, déjà une réalité pour certains patients
- 37% des répondants considèrent qu’ils n’ont pas complètement accès à l’offre de soins existante pour des raisons financières (un chiffre à peut-être mettre en relation avec le choix d’un modèle d’assurance limitant l’accès direct aux spécialistes ?). Et 31% des répondants déclarent que pour leur ménage la part des frais liés à la santé est beaucoup trop élevée, et 39% un peu trop élevée, soit 70% au total.
- Ces limitations sont à mettre en relation avec le fait que 62% des répondants ont une assurance complémentaire. Elles signifient peut-être que le maintien de l’accès au libre choix de l’hôpital ou de la clinique se fait au détriment de celui aux soins ambulatoires.
- Concrètement, 31% des répondants ont déjà eu des difficultés à payer des factures médicales et 30% ont déjà repoussé une visite médicale ou renoncé à une visite chez le médecin, par peur de devoir assumer des coûts trop importants, à cause d’une franchise élevée. Un phénomène qui s’observe encore davantage chez les 18-44 ans, chez les familles avec enfants, chez les étrangers et chez les personnes percevant un subside.
- Pour des raisons de coûts, 18% des répondants ont aussi déjà renoncé à des tests médicaux ou examens prescrits par le médecin et 19% ont aussi déjà renoncé à retirer un médicament à la pharmacie, ou n’ont pas pris les doses prescrites.
- Pour la SVM, ces chiffres sont inquiétants du point de vue d’un accès équitable aux soins de base pour tous et incitent même à penser que pour les plus défavorisés, le soutien de l’Etat ne devrait peut-être pas se limiter qu’à atténuer l’impact des primes sur le budget des ménages (subsides), mais aussi à favoriser concrètement l’accès à l’offre de soins et inciter au suivi des traitements.
- 14% des répondants ont également eu le sentiment que leur médecin renonçait à prescrire un examen ou un traitement qui leur aurait pourtant semblé utile, pour éviter des coûts. Du point de vue de la liberté thérapeutique et de l’intérêt prioritaire du patient, ce résultat interpelle et mériterait sans doute une investigation complémentaire. On peut ainsi se demander si on assite à l’émergence d’une tendance à la sous-prescription chez certains médecins, par peur des complications administratives (justification aux assureurs) engendrées par une facturation supérieure à la moyenne ? Ou s’il s’agit essentiellement d’une mauvaise compréhension des patients (ou d’explications insuffisantes des médecins) quant à la réelle pertinence de certains examens ou traitements onéreux ?
Augmentation et maîtrise des coûts de la santé, pas de rationnement de l’offre en soins ?
- Les Vaudois semblent attachés au niveau de prestations actuelles : 61% des répondants souhaitent que l’on maîtrise autant que possible les coûts de la santé ces prochaines années, mais sans retreindre l’accès à l’offre médicale et 69% des répondants ne souhaitent pas voir une réduction des prestations remboursées, même pour payer des primes moins chères. Néanmoins, une minorité non négligeable (21%) serait prête à sacrifier sa santé pour retrouver du pouvoir d’achat.
- Environ la moitié des répondants (52%) appelle à plus de transparence financière dans tout le système (revenus médecins, coûts assurances et médicaments, lobbies, etc.), et à une répartition des coûts plus solidaire entre riches et pauvres, et bien portants et malades (49%).
- Si les coûts de la santé devaient continuer à augmenter, les répondants préféreraient plutôt des primes proportionnelles au revenu (61%), voire selon l’hygiène de vie (41%), mais en aucun cas une augmentation linéaire des primes (5%), et pas vraiment (17%) une augmentation de la part payée directement par les patients (franchise, quote-part) ou une augmentation des impôts (16%).
- Ces derniers résultats interpellent également, car on ne voit a priori pas une différence fondamentale entre l’introduction de primes selon le revenu et une augmentation équivalente des impôts (qui tiendrait aussi compte du revenu). Il est probable que beaucoup de personnes ne se doutent pas que le système de santé est déjà largement financé par l’impôt (environ les 2/3) ou ne savent pas que depuis l’introduction de la LAMal, la part des coûts de la santé financée par l’assurance obligatoire, donc par les primes, est déjà passée d’environ un quart à un tiers (26,8% à 35,4% entre 1995 et 2015). Donc que le système actuel tient moins compte des différences de revenu qu’il y a 20 ans.
Découvrir l'étude complète (PDF) Article 24Heures
A noter que les principaux résultats de cette enquête seront débattus lors de la Journée de la SVM du jeudi 3 octobre par 5 conseillers nationaux vaudois candidats à un nouveau mandat à Berne (Brigitte Crottaz, PS; Jacques Nicolet, UDC; Adèle Thorens-Goumaz, Les Verts; Isabelle Moret, PLR; Claude Béglé, PDC). Le débat sera animé par la rédactrice en chef adjointe de 24h, Joelle Fabre.
Programme et inscriptions : www.svm-svph.ch