Hommage au Professeur Jacques Besson

23.09.26 | Proposé par: Dr Jean-Pierre Randin

Crédit photo : Julie Masson

Étudiants, nous nous croisions dans les couloirs de la Faculté de médecine ; puis nous nous sommes retrouvés dans les fonctions respectives de chef de clinique adjoint, lui à la clinique du Vallon, dévolue à l’alcoolisme chronique, et moi délégué par la Policlinique médicale universitaire (PMU). Nous avions dû prendre notre courage à deux mains pour déclarer douloureusement à la direction un médecin cadre à la dérive.

Le Prof. Jacques Besson devient ensuite un brillant psychiatre et addictologue et prend la tête du Service de psychiatrie communautaire. Il développe le Réseau d’alcoologie lausannois, crée la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme et la Société suisse d’alcoologie. En novembre 2000, il est aussi le membre fondateur de la Société suisse de médecine de l’addiction, avant de devenir vice-recteur pour la recherche de l’Université de Lausanne, de 2003 à 2006. Durant plus de trente ans, il va s’intéresser aux rapports entre psychanalyse et religion, entre neurosciences et spiritualité (il faut lire et relire son livre princeps « Addiction et spiritualité. Spiritus contra spiritum. »). Ce n’est donc pas par hasard que sa thèse de doctorat était intitulée « Freud et le Pasteur Pfister ».

Peu après la création du Courrier du Médecin Vaudois (CMV) en 1988, devenu DOC en 2022, il me rejoint dans le comité de rédaction. Il va développer ses thèmes principaux : la médecine centrée sur la personne et la place de la spiritualité dans le soin.

C’est donc tout naturellement qu’un grand entretien lui est consacré dans le dernier DOC de l’été 2026. Il y annonce qu’il y a un an de cela, un cancer de stade 4 lui a été diagnostiqué. Il nous dit : « L’épreuve m’a confirmé qu’un médecin doit montrer l’exemple par sa propre vie. Aujourd’hui, je suis toujours là et je marche 10’000 pas par jour. Je suis un templier dans mon âme et cela me tient droit. »

Mais la maladie s’emballe brutalement et emporte Jacques Besson dans sa 71e année, samedi 19 septembre 2026.

Quelle ne fut pas ma stupéfaction de retrouver l’ami quelques jours plus tôt dans un lit de soins palliatifs du CHUV. J’ai pu lui apporter la musique en accompagnant le violoniste Gabor Barta* qui a joué la chaconne de Bach, en présence de toute sa famille. Je ne pouvais pas mieux pour l’apaiser, lui qui était un ardent défenseur de la médecine intégrative.

Je perds un ami.
Nous perdons un tout grand médecin.

Dr Jean-Pierre Randin

* Gabor Barta est un violoniste professionnel de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, engagé par l’association « Les Concerts du Cœur » qui apporte la musique chez les « empêchés », tout particulièrement dans les lieux de grande souffrance, les soins palliatifs.

4 commentaires

    Pulfer Bernard

    24.09.26
    Après avoir écouté une de ces conférences, j ai pris contact et il m a reçu dans son grand bureau de Lausanne. Je ne suis pas médecin, mais nos visions des trois ordres de la médecine ou de la santé ont immédiatement fait écho. Il m a dit: " nous sommes frères " Nous nous sommes revus à deux reprise et j'ai apprécié sa persévérance et son courage. Je pensais lui demander de préfaces mon livre traitant de l expérience de 10 ans dans cette approche. Je ne pourrais que le citer car il est probablement celui qui a su le mieux étayer cette vision incluant ces 3 plans. Un grand merci pour l œuvre qu il nous laisse telle que sa conférence d adieu de l Université de Lausanne.

    Liebkind Yaël

    24.09.26
    Quelle triste nouvelle.... j'avais reporté à octobre le temps d'une visite à Lutry, comme tu m'y avais si gentillement invité. Tu laisses une trace profonde d'humanité par ton talent à relier ce qui nous est essentiel. Un homme médecine inspirant qui ouvre portes et fenêtres sur le Coeur Grand. Beau voyage dans les mondes invisibles. Mes cindoléances et pensées de soutien aux proches qui perdent un ami, un amour, un parent. Yaël Liebkind admiratrice, collègue et amie

    Zufferey Maria

    23.09.26
    Une grande peine à rédiger ces mots. Cher ami, le vide que tu laisses est béant même si tu appartiens désormais à l’immensité. Repose en paix et poursuis ta danse éternelle.

    de Heller Henri-Kim

    23.09.26
    Un Grand Homme. Un Monsieur de la médecine, la vraie, celle qui entends l'humain dans le patient. Le respecte, cherche a le comprendre. Un exemple pour beaucoup de médecins, ainsi qu'une personne très accessible et sympathique. Triste d'apprendre qu'il est parti pour un autre voyage, pensées à ses proches, mais il va certainement remettre un peu d'humanité dans l'au-delà.. Merci Jacques

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