Alerte pénurie chez les rhumatologues et réadaptateurs vaudois !

30.11.22 | Proposé par: Dr Marc-André Schürch, Dre Anne Veraguth Jallut & Dr Antoine Jallut

La réduction drastique de l’effectif vaudois des rhumatologues et des spécialistes en médecine physique et rééducation (MPR) a de quoi inquiéter. Une importante pénurie s’annonce, ce qui impactera fortement la charge de travail des médecins et le délai de prise en soins des patients. Point de situation avec le Dr Marc-André Schürch, président du Groupement des rhumatologues et réadaptateurs vaudois (GRRV) et témoignages de la Dre Anne Veraguth Jallut ainsi que du Dr Antoine Jallut, couple de rhumatologues lausannois dont la première est encore en activité et le second fraîchement retraité.

Les rhumatologues traitent des pathologies ostéo-articulaires multiples, en particulier des rhumatismes inflammatoires chroniques comme les polyarthrites rhumatoïdes, les rhumatismes psoriasiques et les spondylarthrites ankylosantes qui nécessitent souvent des biothérapies onéreuses, traitements qu’ils sont les seuls à être autorisés à prescrire. Le GRRV est préoccupé car un grand nombre de collègues rhumatologues indépendants du canton est déjà parti à la retraite en 2022 et un autre groupe de 4 collègues fera de même ces prochains mois. Ceci alors qu’une seule nouvelle installation en cabinet est prévue en 2023. Les spécialistes en rhumatologie FMH seront ainsi au nombre de 22 (pour un canton qui comprend 823’000 habitants) en 2023, et parmi eux, un nombre significatif de collègues travaille à temps partiel !

Les spécialistes en médecine physique et rééducation ont une pratique très diversifiée, ils traitent des pathologies de l’appareil locomoteur, des pathologies neurologiques et pulmonaires. Une partie importante d’entre eux exerce en milieu stationnaire hospitalier, mais beaucoup ont des pratiques ambulatoires. Un effectif de 12 spécialistes en MPR avec activité ambulatoire est attendu pour 2023 mais là aussi, la relève se fait attendre. Deux collègues vont être retraités en 2023, et aucun nouveau candidat à l’installation n’est annoncé.

La charge de travail des rhumatologues et des spécialistes en MPR va aussi croître significativement, et surtout les délais pour recevoir les patients afin de les aider à aller mieux et à reprendre leur travail plus vite vont s’allonger ! Dans ces conditions, il faut absolument lever les entraves administratives à l’installation de nouveaux collègues.

Dr Marc-André Schürch, président du GRRV, rhumatologue FMH

Témoignage de 2 rhumatologues victimes de la pénurie de collègues formés, mais hélas non intéressés par la médecine indépendante

Nous tenons à témoigner notre expérience concernant la pénurie dramatique de rhumatologues en pratique privée dans le canton de Vaud, particulièrement depuis 2022.

Avec le départ à la retraite d’environ 1/3 des rhumatologues vaudois cette année, la charge de travail est énorme. En plus du suivi régulier de nos patients, nous devons avoir la disponibilité pour accueillir de nouveaux patients souffrant de maladies rhumatismales inflammatoires requérant un traitement spécialisé (biothérapies, immunothérapies, situations rhumatologiques complexes, etc.).

La charge est telle que nous devons parfois refuser un suivi ou le prévoir avec un délai de 3 à 6 mois ! Cela devient hautement problématique car nombre de patients avec des affections rhumatologiques souffrent énormément et ne peuvent attendre… ! Qui plus est, la consultation ambulatoire du service universitaire de rhumatologie est également débordée, avec un délai de consultation pouvant atteindre jusqu’à 3 mois.

Cette situation plus que préoccupante est surtout due au manque de postes de formation universitaires, bloqués il y a 15 ans par les services universitaires de Lausanne et de Genève. En Suisse romande, les services hospitaliers de formation en rhumatologie sont moins nombreux qu’en Suisse alémanique, ce qui limite le nombre de nouveaux rhumatologues formés.

Perte d’attractivité du statut d’indépendant

Notre spécialité est devenue encore plus passionnante depuis l’avènement des biothérapies en 2000, nous permettant ainsi d’offrir aux patients concernés une meilleure qualité de vie et des perspectives d’avenir plus rassurantes, en visant toujours la quasi rémission de l’affection. Par ailleurs, le suivi d’une patientèle de rhumatologie concerne énormément de domaines de la médecine et requiert patience, écoute et empathie. Malgré ceci, il y a très peu d’assistants intéressés et encore moins de postulants pour l’ouverture ou la reprise d’un cabinet. Où se situe donc le problème ?

Comme pour la médecine interne générale et les autres spécialités, les confrères en fin de formation craignent de s’installer comme indépendants et se laissent tenter par la foison de centres médicaux et autres cabinets de groupe.

Un des signataires de ce billet de blog a pris sa retraite il y a 5 mois, sans successeur, comme plus de 80% des « fraîchement retraités » de 2022 !

Le parcours du combattant de plus de 2 ans ½ pour trouver un rhumatologue intéressé à reprendre un cabinet au centre-ville, avec toutes les commodités, s’est avéré sans succès. Ceci malgré un mandat en bonne et due forme auprès d’un spécialiste du domaine de la FMH (recherches et contacts en Suisse et en France). Comme tous les camarades d’infortune concernés par cette situation inique, il faut donc essayer de transmettre des dossiers clairs et précis aux patients pour que l’hypothétique et plus que rare « repreneur » s’y retrouve, dans, parfois, plus de 30 ans de suivi… Quelle tristesse et quel boulot !

Nous espérons donc qu’il n’y aura pas de régulation quant aux futures installations dans notre spécialité, ce qui serait une hérésie au vu du peu de spécialistes encore actifs actuellement.

Dre Anne Veraguth Jallut, médecine interne FMH, rhumatologie
Dr Antoine Jallut, rhumatologue FMH, retraité

1 commentaire

    Beutler Regina

    03.03.23
    Pas de médecins, pas de Caisse-maladie à payer?

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